Bonne et mauvaise foi de la foule

Posted on 15 mars 2012 par

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Article pour nobstalgiques des années 40

Réflexion après l’émission de télé d’hier sur les dénonciations par de bons français patriotes sous l’occupation allemande — « Dénoncer sous l’occupation » de David Korn-Brzoza France 3 14 mars 2012 —. Pour changer un peu on parlera de la dénonciation des communistes ce qui permet de relier les méthodes des sections spéciales à celles du maccarthisme car elles sont bien identiques.

Les juxtapositions avec les condamnations de DSK sur la base de falsifications par ses nombreux contempteurs sur de nombreux blogs y compris ici sur la plateforme du Nouvel Obs sont libres avec notamment la condamnation au faciès (par exemple juxtaposition de l’affiche rouge des FTP-MOI, gueule de métèque et profil torve…).

Donc comment de braves gens ou considérés comme tels peuvent-t-ils participer à la chasse aux sorcières. Chez eux il y a ceux de bonne foi et ceux de mauvaise foi, mais dans chaque groupe on peut différencier deux sous-groupes :

Dans ceux de bonne foi y-a ceux qui dénoncent dans le respect de la loi : la loi dit qu’il faut dénoncer les communistes, alors on dénonce les communistes mais sans zèle et sans excès. En fait ils sont indifférents et veulent seulement éviter les problèmes. Ils dénoncent s’ils pensent qu’ils risquent d’être dénoncés de ne pas avoir dénoncé et donc d’être considérés comme les complices des communistes. La foule est enthousiaste, ils la regardent passer.

Le deuxième sous-groupe des dénonciateurs de bonne foi est constitué de ceux qui en plus approuvent la loi, par admiration envers le Maréchal vénéré ou envers McCarthy ou par peur envers un ennemi plus ou moins imaginé avec un couteau entre les dents. La défense de la patrie et du vivre ensemble mais entre nous sans la pollution des malveillants est l’assise de leur égarement voire aveuglement. La foule est enthousiaste, ils suivent la foule.

Dans les dénonciateurs de mauvaise foi, il y a ceux qui dénoncent ceux qui ne leur conviennent pas, qu’ils soient communistes ou qu’ils ne le soient pas, par simple plaisir ou intérêt. Des opportunistes, ce n’est plus le simple devoir d’un "acte social" qui les motive, mais le nettoyage de ceux qui leur déplaisent ou leur font de l’ombre. La foule est enthousiaste, ils orientent la foule.

Et enfin il y a ceux de super-mauvaise foi, ce qui ne veut pas dire qu’ils sont sans foi. Ils dénoncent ceux dont ils veulent se débarrasser et vont jusqu’à témoigner et en rajouter : « et en plus Monsieur le Juge, il est franc-maçon » ou « et en plus Monsieur le Juge, il fait du marché noir ». Et là les falsificateurs s’en donnent à cœur joie. La foule est enthousiaste, ils devancent la foule.

Ce sont naturellement ces derniers qui sont les plus appréciés par les procureurs.

 
Extrait du Manuel du bon procureur de la Section Spéciale

Coordination. Le manque de preuve peut être compenser par le matraquage des mêmes affirmations par plusieurs personnes. La véracité des affirmations accusatoires est alors consolidée par le seul effet du nombre de personnes qui les reprennent. Très efficace car le présumé coupable est submergé et peut toujours crier qu’il n’y a aucune preuve contre lui, il devient inaudible.

Dans le cas de DSK, un mélange subtil de faits avérés et de faits falsifiés ou inventés mais repris par un grand nombre comme des certitudes emporte la condamnation.

Témoignage. Lorsque le témoin accusateur n’est pas fiable, et qu’il n’existe pas le moindre commencement de preuve de ce qu’il avance, une diversion avec une nouvelle accusation tout aussi infondée permet de conforter la première accusation. Le nombre d’accusations compense l’absence de preuve pour chacune d’elle pris isolément.

Dans le cas de DSK, les nouvelles accusations se succèdent depuis le 15 mai 2011.

Et toujours avoir une démonstration de culpabilité d’avance dans le cas où la précédente s’effondrerait. Par l’exemple :
Le procureur lance dans la précipitation une accusation mal préparée — l’occupant demande des exécutions rapides et sous la pression il fait une grossière erreur — qui s’effondre devant l’évidence de la falsification. Le présumé coupable de résistance est accusé d’avoir torturé les filles d’un bon patriote pour lui faire avouer qu’il travaille pour l’occupant. Mais les preuves manquent. Alors en lisant de travers un dossier il dit : « vous avez écrit ici que votre voisine était une sorcière qui méritait d’être brûlée, alors quand le témoin dit que vous avez torturé les filles d’un patriote, je ne peux que croire que vous en êtes bien capable ». Mais le document présenté ne dit absolument pas ça. La technique pour passer de la défensive à l’offensive se fait alors en cinq mouvements :

1°) Dont acte s’il en est ainsi.
2°) A ma décharge…
3°) D’autant que…
4°) D’ailleurs, pouvons-nous être sûr…
5°) Car…

Et le procureur relance une nouvelle accusation tout aussi falsifiée que la précédente.

Application pratique ici.

 
 
 

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